Impact et résilience de l’espèce envahissante SARgassum muticum sur la préservation de l’habitat endémique ZOstera marina de la côte ouest du Cotentin
2022-2024
La coexistence de la macro-algue invasive Sargassum muticum et de l’espèce endémique Zostera marina a été observée à plusieurs reprises sur les côtes normandes de l’Ouest Cotentin. Le caractère opportuniste de S. muticum interroge sur le potentiel futur déclin des herbiers de Z. marina, habitats d’intérêt écologique majeur aux fonctions écologiques multiples, et les effets subséquents sur la composition et le fonctionnement de l’écosystème associé. En particulier, la faune benthique, maillon important de la chaîne alimentaire d’un milieu aquatique, pourrait être significativement impactée. Le projet SARZO (2023-2025) visait à caractériser l’impact des proliférations de S. muticum sur la préservation de l’habitat endémique Z. marina, et la biodiversité qu’elle favorise, en intégrant également les capacités de résilience des deux espèces face à l’évolution des conditions environnementales imposées par le changement climatique. Cette étude a ciblé la zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique de la Pointe de Bréhal, dans l’Ouest Cotentin, où S. muticum et Z. marina sont connues pour cohabiter.
Sur ce site d’étude, l’évolution saisonnière des habitats de S. muticum et Z. marina ainsi que la biodiversité de la macrofaune benthique (i.e. vagile et épifaune) associée, ont été caractérisées sur deux années consécutives (2023-2024). Les suivis in situ ont été réalisés dans trois zones distinctes : une zone dominée par Z. marina, une zone dominée par S. muticum et une zone de mélange des deux espèces. Ces suivis ont permis de montrer que S. muticum a fortement colonisé le site d’étude, les herbiers de Z. marina étant plus fragmentés. Dans les zones de cohabitation des deux espèces, les dynamiques de prolifération sont apparues dépendantes du niveau d’occupation de chacune des espèces : dominantes, les sargasses japonaises ont limité le développement de Z. marina au cours du printemps-été, tandis qu’en proportion équivalente aux sargasses, les zostères marines ont eu un effet négatif sur la croissance de S. muticum en fin de printemps. Les communautés benthiques associées aux habitats de S. muticum et Z. marina étaient significativement différentes. Les sargasses japonaises abritaient une faune plus variée, dominée par des hydrozoaires et des bryozoaires, que les herbiers de Z. marina. L’identification d’espèces spécifiques aux herbiers de zostères marines a néanmoins souligné l’importance de les préserver pour maintenir la biodiversité endémique ; S. muticum n’offrant potentiellement pas les mêmes fonctions écologiques, nécessaires au cycle de vie de certaines espèces.
Une expérimentation en conditions contrôlées de laboratoire a également été menée afin d’évaluer l’impact des futures conditions de pH et de température printanières, attendues d’ici 2100 au large de l’ouest Cotentin, sur la physiologie de S. muticum et Z. marina. Cette expérimentation à court-terme a montré que les deux espèces étaient particulièrement résilientes à ces conditions environnementales futures. L’augmentation de la température du milieu et son acidification ont en effet été favorables à la croissance de Z. marina et n’ont pas eu d’effet négatif sur celle de S. muticum, bien qu’une modification de sa phénologie ait été observée. Néanmoins, notre étude fait l’hypothèse que les futures conditions estivales, qui impliqueront probablement des vagues de chaleur, pourraient avoir des effets délétères sur la physiologie de Z. marina, moins tolérante à une exposition prolongée à de fortes températures que S. muticum.
Dans le cadre du projet SARZO, un programme participatif permettant une collecte à plus large échelle des données d’observation des zones de coexistence des deux espèces sur le littoral de l’Ouest Cotentin a été mis en place. Un protocole d’observation a été établi et décliné en fonction du niveau de l’observateur, et des ateliers ont été réalisés afin d’intégrer ce protocole au sein des sciences participatives du littoral normand. Des actions restent néanmoins nécessaires pour pérenniser le programme initié.
Mots clés : Sargassum muticum, Zostera marina, faune benthique, biodiversité, monitoring in situ, expérimentation écophysiologique, changement climatique, Ouest Cotentin.






